(NYC, NY, septembre 2011; #Leica M9, #Summilux M 35mm f1.4 asph; iso 160, f4.8, 1/1500 s.)
Avant de prendre celle-ci, je suis, en bon touriste, pantois devant l’arrière plan. Je cherche juste quelque chose à mettre devant. La demoiselle à talons, le pigeon entre les deux bancs et la personne qui tourne la tête donnent de la dynamique à une scène plutôt figée.
J’ai prêté attention à éviter que la tête enrubannée n’atterrisse pas dans le pont. De même, j’ai bien vérifié avant de déclencher que la tête de droite se trouve dans le prolongement du pont.
J’avais par ailleurs monté un filtre jaune moyen pour garder un maximum de matière dans le ciel. La lumière du début d’après midi étant, par nature, trop crue, sans filtre tout est cramé, même si en DNG on peut s’en sortir après coup. Mais ça demande un tantinet plus de boulot lors de l’édition de la photo. Là, j’ai juste converti en N&B et travaillé sur les contrastes. Le vignettage est dû au filtre, je l’ai laissé parce qu’il ferme bien la photo.
Avant de commencer à publier la partie argentique - prise au M6 - de mon récent voyage aux Etats-Unis, je vais redonner ici, moitié par flemme, moitié parce que j’ai envie de les commenter, mes photos favorites de la partie “digitale” - faite au M9.
Celle là, c’est un clin d’oeil à Winogrand, qui était un génie de la street-photography en N&B, probablement un peu dépassé par son art - il aura laissé 6500 pelloches exposées non-développées. Un promeneur infatigable, amateur de jolies femmes. Un type bien aussi, si l’on en croit les témoignages sur son compte ou les ressources disponibles en ligne à son sujet.
Je me suis ruiné pour mettre la main sur son livre Figments from the real world, qui reste une somme, près de 20 ans après sa publication.
Sur celle là j’ai peut-être shooté un chouïa trop tôt parce que j’ai dégainé trop tôt justement… et que la miss m’a, du coup, repéré. Résultat, j’ai déclenché, pour sauver le cliché, avant qu’elle ne s’écarte trop sur sa droite - à l’origine je voulais l’avoir au centre du trottoir, avec la rue en enfilade. Un cliché que j’aime bien quand même, je trouve la posture figée sympa. J’aime bien aussi le contraste avec le tas de poubelles et le fait qu’elle se détache de la masse en arrière-plan.
(NYC, NY, septembre 2011, iso 160, f1.4, 1/3000 sec.)
Qu’est-ce qui fait qu’une photo atterrit dans la section Explore de Flickr - pour faire simple les 500 photos mises en avant en page d’accueil du site? Mystère et boules de gommes: Yahoo n’est pas près de balancer sa formule magique - en fait l’algorithme qui calcule l’intérêt de la photo, son “interestingness” dans le jargon Flickrien. Pour faire simple, plus on obtient de vues, de favoris et de commentaires, mieux c’est.
Au-delà de ce constat empirique, la communauté qui joue le jeu - il faut le prendre comme tel - en est donc réduite aux supputations les plus fantaisistes. Une bloggeuse et photographe avait, il y a quelque temps déjà, dégagé quelques principes: plus de bokeh, plus de flare, des bombasses (à la mode de Flickr, donc plutôt Zahia style), des animaux trop chous, des macros de plantes et de fleurs, des titres improbables et tragiques. On peut globalement s’y tenir.
Mais tout le reste est plus ou moins fumeux. La preuve avec cette photo, postée dans un des groupe “à fuir” (ceux où l’on s’engage à poster une photo et à commenter celle des autres) d’après les théories en vogue. Et arrivée en 151e place de l’Explore du jour.
J’en suis à six ou sept clichés dans cette très décriée section du très décrié site de partage de photos en ligne. Je les ai postées dans peu de groupes, moins de 10. Et elles ont attiré l’attention de gens qui ne sont pas des habitués de mon stream: ce sont les seules tendances que j’arrive à dégager. (Portraits exceptés: là y’a du bokeh en masse et une fille canon sur la photo :-)).
Après, il suffit de regarder la section explore d’une journée pour voir que tout peut s’y retrouver. Photo de Lego, macro de gâteau, pin-up du pauvre, mais aussi street photo en N&B, paysages de cartes postales, aurores boréales à gogo, photos de familles géniales ou pas il y en pour (vraiment) tous les goûts (photos trash et de cul exceptés, ça reste un site familial).
Et c’est un des intérêts du bazar. Tout le monde a sa chance. L’idéal étant de ne pas en faire une obsession et de le prendre pour ce que c’est quand ça arrive. Un bon point. Et encore.
(Photo Strasbourg, janvier 2012. M9+Summilux 50mm f1.4 asph, Iso 800, f1.4, 1/60 s.)
Je découvre le Voigtlander Nokton 50mm f1.1 reçu lundi. J’en ferai mon premier test dès que j’aurai un week-end de libre. Pour l’instant, je suis bluffé. Au point que j’envisage de me séparer du Noctilux f1, que j’ai eu tant de mal à dénicher.
Sans trop rentrer dans les détails, le Nokton est, poil de diaph mis à part, moins lumineux que le Noctilux, c’est un fait. Mais il s’en sort quand même bien. Cette photo est prise dans un noir quasi total (je ne sais même pas comment le mec arrive à sortir un tir décent). Et je trouve le rendu correct (on est iso 1600, j’ai dû bosser un peu à l’édition).
Au passage, le Nokton est même plus piqué. En revanche, les transitions vers les flous sont moins douces, le fameux “effet 3D” de la très grande ouverture est parfois trop marqué à mon goût.
Ce panneau de basket est un de mes spots préférés. C’est crade, ça sent la pisse, mais y’a une ambiance, indubitablement. Et dans une ville comme Strasbourg, très belle, mais très “vieilles pierres”, c’est un des rares cadres de street “classique” dispo dans le centre.
Le shot est aussi net que possible - en tout cas j’ai fait de mon mieux. Il faisait tellement noir, que je pouvais à peine faire la mise au point. Et à 1/15 s., allez figer une basketteur en plein effet!
J’ai beau avoir des photos du genre en abondance dans mes archives, je continue de déclencher quasi dès que je vois des pavés mouillés :-). Outre le fait que je kiffe les ambiances “film noir” de la Petite France, c’est amusant à shooter. Il faut faire son expo rapido, cadrer vite pour ne pas rater la silhouette et se coltiner une mise au point plutôt ficelle: en pleine nuit, le diaphragme ouvert à plein pour capter la lumière disponible, la faible profondeur de champ laisse moins de place à l’erreur - en gros l’opération requiert d’autant plus de précision que la zone de netteté est réduite.
Avec un autofocus ce serait probablement moins galère… et moins drôle. Bizarrement, l’intérêt du télémétrique et de la mise au point manuelle, c’est que la prise de vue reste fun. C’est parfois rageant, ça flirte ponctuellement avec le masochisme, mais comme dans d’autres domaines, c’est parfois mieux quand c’est compliqué.
D’ailleurs, au passage, la difficulté cachée de ce cliché, c’est que quand on est sortis du resto, ma douce se pelait. Et qu’elle m’a dit: “Tu as droit à UNE photo.” J’ai pris la consigne au sérieux.
(Photo Strasbourg, janvier 2012, M9 iso 1000, 50mm, f1.4, 1/60 s.)
En argentique, au moins on est fixé, c’est N&B ou couleur jusqu’à la fin de la pelloche. En digital, c’est plus compliqué. Le fichier est nativement en couleurs. Mais il nécessite de passer par Lightroom, ou tout autre logiciel d’édition. Et à ce moment là, on a toujours le choix.
Dans mon cas, la question se pose avec d’autant plus d’acuité que je shoote la plupart du temps en RAW, un format dont j’apprécie la souplesse. A l’inverse du JPEG, qui est déjà une interprétation des données recueillies au déclenchement - avec l’avantage d’avoir de suite une photo contrastée et saturée ce qu’il faut - le RAW impose de passer par la case “développement”. Qui est souvent, pour quelqu’un de sujet au doute, la case “prise de tête”.
J’ai déjà du mal à choisir chaque matin entre un 35 et un 50mm. Alors choisir pour chaque photo que je traite dans Lightroom entre la couleur et le N&B, c’est une torture.
Il m’arrive d’ailleurs de partir avec un M digital, mais de mettre des filtres colorés sur mes objectifs, comme je le fais en argentique, pour ne pas avoir à me prendre la tête une fois devant l’ordi.
La photo est voilée de jaune, d’orange ou de rouge, selon le filtre. Donc inutilisable en couleurs… mais bien contrastée comme j’aime en N&B. Et avec de la “matière” dans les cieux de milieu de journée. Comme ce jour de visite en plein cagnard, à NYC, en septembre dernier.
A noter, avec un filtre jaune léger, la teinte donnée à la photo peut passer presque inaperçue et même donner un petit côté vintage au cliché.
C’est la lumière du lampadaire sur le trottoir et une ombre fugace qui ont d’abord attiré mon attention. Je me suis mis à la recherche d’un arrière plan - l’opéra le fait pas mal. J’ai ensuite essayé d’avoir des silhouettes avec des ombres longues bien cadrées. La vraie difficulté étant d’éviter que le lampadaire ne se trouve aligné avec les têtes des passants. En photo de rue - c’est une des difficultés inhérentes au genre - le mobilier urbain et l’activité environnante peuvent foutre toutes les photos en l’air. La camionnette blanche, le lampadaire qui “sort” de la tête de votre super portrait, l’amas de signalisation sont autant d’écueils dont on prend conscience au fur et à mesure qu’on rate des pleines brassées de photos. “Vos 10 000 premières photos sont les pires”, disait Cartier-Bresson. Qui a dû commencer à la photo 10 001.
Là, à l’origine, je voulais prendre les pêcheurs, ce que j’ai fait, mais sans rien obtenir de très concluant. J’ai beau eu joué avec les aplats de couleurs fournis par les reflets, ou le cygne qui passe, je ne suis pas très satisfait des photos du bas. Celle qui ouvre le combo me semble plus carrée. Reflet inversé, petite silhouette pour l’échelle, ça je sais faire.
Ce qui est étrange, c’est qu’avec l’habitude, je me représente parfaitement le résultat avant même de déclencher. Je n’ai plus besoin de retourner mon M pour voir ce que ça donne. Limite je vais finir par rater des photos de reflets “classiques”. :-)
Un néon sous l’eau (son reflet en fait), parce que je n’ai pas eu le temps d’installer mon scanner et de commencer à traiter mes photos des Etats-Unis prises au M6. (Ce week-end je m’y colle). Sur celle là, pas grand chose à dire, j’ai essayé de composer pour que la diagonale du quai réponde à l’arc du pont. Pour l’expo, je voulais garder un peu de matière à l’aplomb des berges. Le Summilux 50mm asph et le M9 ont fait le reste (iso 1250, f1.7, 1/30 sec.).
Pour reprendre la typologie de Yanidel, excellent street photographer s’il en est, je suis plutôt du genre timide. Je peux faire de la photo de rue “frontale”, mais ça me coûte toujours un peu. D’autant que je ne demande jamais l’avis du sujet - pour moi c’est tricher.
Alors comme un autre timide de la street photo, Saul Leiter - toutes choses étant égales par ailleurs, hein -, j’affectionne les ombres et les reflets. L’occasion de shooter tranquille sans faire de SAV quand on est spotté.
La lumière rasante du matin, la verrière de la gare de Strasbourg et les inscriptions qu’elle comporte fournissent de jolis motifs. Celle du haut, la meilleure des trois à mon humble avis, est faite au M8 et au Sonnar, donc un équivalent 65mm. Les deux autres sont à l’Elmarit 28, un équivalent 35mm sur le M8.
Le Sonnar, équivalent 65mm sur le M8, m’a permis de cadrer serré et de composer l’image autour de la division en trois due aux barres noires, et de cette silhouette promise à la poubelle par la flèche de gauche (qui incite les fumeurs à jeter leur mégot).
La première des photos que je présente cette année au concours Ilford. Celle là, c’est ma chouchoute. C’est la photo qui a le mieux marché sur Flickr. C’est surtout la 1ère fois que je me suis dit, l’oeil dans le viseur, “ne foire pas”.
A la base, je prenais le type sur son banc et le cygne (photo en bas à gauche). Quand le type avec sa mallette s’est pointé, j’ai bien senti qu’il y avait quelque chose à faire. Problème: j’avais mon M6, donc un argentique. Donc un clic et pas douze. Et je débutais en télémétrique, même si je suis un peu du genre shooteur fou (au moins j’ai vite appris).
Heureusement que l’expo était déjà (bien) calée. Restait à cadrer, à regarder l’ombre s’allonger et à attendre que ce maudit cygne sorte la tête de sous son aile. Clic-clac. Merci Kodak (et la Tri-X poussée à 1600).
Le Nokton 35mm f1.4 SC a fait des merveilles sur celle là, notamment dans le rendu crémeux des reflets sur l’eau (une de ses spécialités). En revanche, comme d’hab il fournit en N&B argentique des teintes un peu grisouille (photo en bas à gauche). Au scan, j’ai forcé le contraste. Ce que je vais demander aussi pour le tirage en vue du concours. J’ai fait pivoter l’image sur son axe central lors du scan sans m’en rendre compte. Quand je m’en suis aperçu, je l’ai gardée telle quelle, le fait que le personnage aille vers la gauche me semblait approprié.



