
Vous vous êtes mis au trafic de drogues, à l’enlèvement-séquestration d’animaux domestiques, ou à la revente de vos organes les moins vitaux et vous avez finalement craqué pour un Leica, bravo! Vous pensiez avoir fait le plus dur en choisissant entre un M8 d’occase, un vieux M6 ou un M9, que nenni! Reste à trouver votre premier objectif. C’est de loin plus coton.
Si vous êtes branché 35mm, passez votre chemin, je commence par le 50mm. La focale standard, chérie de Cartier-Bresson pour ne citer que lui - il a travaillé avec toutes sortes d’engins, mais quand il déclenchait pour son plaisir, c’était “fifty only” ou presque.
Comme je ne veux pas vous ensevelir sous une montagne de texte, je lance une série: quel 50mm pour débuter en Leica ou en monture M? Et je la fais dans l’ordre d’acquisition de mes 4 (quatre) 50mm.
Aujourd’hui, donc, le Summicron M 50mm f2. Une optique introduite en 1953, qui en est à sa quatrième version, la dernière datant de 1974. Il y a eu des changements d’ordre cosmétique ou mécanique depuis les années disco, mais la formule optique - le design en double Gauss du Dr Mandler est restée la même depuis son introduction sur le marché en 1979.
Si les opticiens fanatiques de Solms n’y ont pas touché pendant plus de 30 ans - une nouvelle version asphérique serait dans les tuyaux - il y a une raison. Cet objectif déchire. Grave.
Certains le trouvent plus “piqué” que Summilux M 50mm f1.4 asph. D’autres lui trouvent au contraire une douceur que le Summilux n’aurait pas - du fait d’un rendu trop sec, façon “je peux compter tes points noirs dans Lightroom”. Ce que j’en dis c’est que le Summicron est quand même très piqué, même en argentique (comme ci-dessous), dès qu’on le ferme un peu, ici f5.6 ou f6.7:
Là, en numérique, à f4 (regarder le détail de la texture du tissu et du crâne du mannequin au premier plan):

Pour autant, il garde le fameux “modelé” Leica qui vous fera répudier les Zeiss et les Voigtländer avec lesquels vous aurez commencé. En portrait, c’est du bonheur:


C’est défini tout en étant flatteur, la signature Leica est bien là. En plus les couleurs sont au top, vintage mais pas trop. Au passage, les deux photos sont peu retouchées. Il y a +0.66 diaph, +6 de saturation et + 25 de contraste pour la première. Et quelques “retouches de tons directs” pour gommer quelques imperfections dans la 2e.
Quant au bokeh il est somptueux, tout en douceur, en numérique:

comme en argentique:

En plus, le bidule est minuscule, 240 grammes pour la dernière version. Sa distance minimale de focus est de 70 cm - c’est important pour le portrait. La course de la bague de mise au point est parfaite, ni trop longue comme sur le Noctilux f1, ni trop courte.
Enfin, un Summicron 50mm coûte 1600 euros neuf, mais se trouve facile à 500-800 euros d’occase selon le modèle, l’ancienneté etc. La construction est d’une qualité superlative, comme avec la plupart des objectifs Leica. Le mien date de 1984, n’a jamais subi la moindre révision, et se porte à merveille.
Bref, le Summicron, pour démarrer en M, numérique ou argentique, c’est un choix sûr et de bon goût. Si on fait beaucoup de photos de nuit, il faudra peut être songer à un C Sonnar de chez Zeiss, une optique de très grande qualité là aussi, avec une signature encore plus rétro comme nous le verrons bientôt. Ou alors craquer pour un Summilux 50mm pré-asph de chez Leica.
#Leica M9, #Summicron 50mm f2, Strasbourg, juillet 2011.
Un de mes tout premiers reflets inversés (photo du haut). C’est à dire un des premiers composés avec l’intention de le mettre cul par dessus tête par la suite. Comme ceux qui suivront, il est à 99% uncropped, donc cadré avec une coupe franche dans le corps de la silhouette. Dans les premiers, comme celui ci, j’hésitais encore à me débarrasser de la partie non reflétée. Dans les suivants (photo du bas, prise au Summilux), j’ai tranché avec moins d’hésitation.


